La peinture.
L'aveu d'un Scghtroumpf disant que la peinture, bof ça ne l'intéressait pas, m'a conduit à me questionner.
Comment en venir à aimer la peinture ? Comment ? pour moi ça a marché comment j'y ai été sensibilisé ?
Le récit que je fais là est celui d'un ensemble de souvenirs lointains qui témoignent de l'immédiate après-guerre. De l'époque que vécurent les vieux du site.
Tout était différent, la majorité des gens n'avaient quasi rien. Pas d'ikéa pour se meubler, mais la débrouille…l'entraide familiale etc etc…
Les transports étaient difficiles, se chauffer était compliqué, l'eau courante n'entrait pas dans toutes les maisons, la médecine n'était pas ce qu'elle est et des maladies infantiles circulaient : la tuberculose rôdait encore malgré l'usage récent de la pénicilline, la poliomyélite aussi et la coqueluche ainsi que toutes ces maladies qui donnent des plaques, des boutons rouges, de la fièvre et la gratouille. On pouvait en mourir. Additionnons tout cela aux rationnements et à la malnutrition…
Imaginons le grand écart avec aujourd'hui et ses excès !!
A la campagne les images étaient rares – les images en couleur encore plus - les peintures les plus riches ? dans les églises – et elles faisaient peur ! les photographies sépia, noir et blanc, les almanachs, les calendriers, les ill. des journaux, les cartes postales et les livres - qui circulaient peu, à l'école et au bibliobus (plus tard) - les images pour enfant sages et méritants, les images des tablettes de chocolat : la pub à domicile …
Il fallait oublier la guerre, ses souffrances et ses horreurs et se concentrer sur la reconstruction fondée sur des avancées sociales défendues par le Conseil National de la résistance. (CNR)
Bref,
A 6 ans j'ai eu la coqueluche, sévère, et cette histoire de coqueluche a duré 1 année où j'ai beaucoup stagné dans mon lit, maigre comme un clou en respirant l'angoisse et l'inquiétude de mes parents.
Symptômes de la tuberculose, chasse au bacille de Koch, introuvable. Visite à des spécialistes, séjour à l'hôpital traumatisant, salle commune, seule dans un box en verre. Stress maxi. J'allais mourir ! Le spécialiste l'avait dit à ma mère et elle pleurait !! Cet épisode fut l'objet d'une dénégation de celle-ci, plus tard, quand nous parlâmes de ces moments-là. Je suis sûre qu'elle avait raison.
C'est dans ces journées clouées au lit que, peut-être est né ce goût pour la peinture. La tapisserie fleurie et ses fleurs sur le mur que je grattais jusqu'au plâtre, comme pour les cueillir. L'édredon gonflé, recouvert de cretonne et… face à moi, la petite bibliothèque surmontée de deux reproductions de tableaux. Je les revois : un champ de coquelicots – Monet- Des bateaux - Van Gogh.
A l'époque ? Monet ? Van Gogh … Inconnus … mais les coquelicots !!
Toutes ces fleurs que nous allions ramasser au long des saisons …les anémones, les primevères, le violettes et les pâquerettes puis les muguets et les marguerites, les bleuets et les coquelicots…
Des plaisirs vécus, des instants heureux associés à leur représentation. Ça a commencé comme cela certainement.
Puis évidemment il y eut l'école, les dessins, les Musées, des rencontres décisives avec certains tableaux, comme des déclics, des rejets, des incompréhensions puis petit à petit l'adoption de cette vision du monde si riche qui éclaire l'humanité.
Cela n'a pas de prix, la marchandisation puis la spéculation rapace… Ce n'est pas, ça l'art, ni la peinture…
Bonne journée à tous