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TITRE D'UN ROMAN - 2 -

Voici une histoire de chat, mais, âmes sensibles s'abstenir, âmes coquines appréciez.

Un chat, de ces doux avatars qu'on voit souvent, chats et chatons mignons qui mignardent sur le site.

Cette histoire est extraite d'un roman contemporain, riche de tout, une merveille ( C'est mon avis)

Indice
L'histoire du chat et bien d'autres encore se déroule dans l'abbaye de Saint-Riquier, dans la baie de Somme. Frater Lucius était le maître de Nithard, petit-fils de Charlemagne qui écrivit la chronique du règne de Charles le Chauve.


" I - 7 - Frater Lucius.

« Un des moines du monastère de Saint-Riquier, celui qui enseigna leurs lettres, aussi bien grecques que latines, à Nithard comme à Hartnid, qui était excellent copiste, qui était même la meilleure main du monastère pour orner les lettres byzantines, pour simplifier de la façon la plus pure les lettres carolines, avait pour nom Frater Lucius. Lui, il était tombé amoureux d'un chat entièrement noir. Ce chat était aussi beau et menu qu'une jolie petite corneille des bosquets. Il avait des yeux délicieux. A vrai dire il ressemblait plutôt à un petit freux des labours car son museau était taché de blanc. Frère Lucius avait hâte d'avoir terminé sa journée, hâte d'avoir achevé sa copie, hâte de quitter le scriptorium dont les loges étaient pourtant chauffées avec des petits réchauds à braises où les moines posaient leurs pieds et où la chaleur s'emmagasinait sous leur robe. Mais peu importe la chaleur ; Frater Lucius avait hâte de retrouver sa cellule et d'ouvrir le vantail de bois de sa fenêtre pour qu'il surgisse et qu'il saute et qu'il plonge son museau glacé ans le creux de son cou. Il n'avait que son chat en tête. Il ne rêvait que de ses caresses, caresses si avides de caresses elles-mêmes, et de ses murmures tièdes, ronflotements, cris émoussés, ronronnement, blèsements, petites lècheries râpeuses, yeux qui clignent dans l'acquiescement et qui se referment à demi dans le repos et la douceur.
Frater Lucius n'avait que son petit regard amadouant et son petit nez bouleversant à l'esprit.
Sitôt refermée derrière lui la porte de sa cellule, il ôtait sa capuche. Une fois relevée sa capuche, il tirait vers lui le volet de bois et le chat était déjà à bondir sur son épaule et il touchait de sa patte sa joue sa joue comme s'il le caressait.
Il n'était même pas besoin qu'il chuchote son no, dans la nuit, sur tous les toits du monastère. Le chat sautait sur son épaule et ronronnait déjà.
Ils s'allongeaient tous les deux sur sa paillasse d'orge recouverte de peaux et ils dormaient ensemble.
Le frère plongeait son visage dans sa fourrure. Il y respirait difficilement mais il lui semblait revivre. Ils parlaient ensemble. Ils étaient heureux. Ils s'aimaient.

III - 13 Frère Lucius et l'image
Il est doux d'accrocher sur le mur de sa chambre l'image de celui qu'on aime.
Un jour qu'il était seul, dans le soir, alors qu'il attendait le retour de celui qu'il aimait, Frater Lucius prit un morceau de braise éteinte dans sa bassinoire et exécuta le portrait de son chat sur la muraille de sa cellule.
Il l'aimait tant que l'image était parfaite ; c'était le petit chaton, assis sur les pattes arrière, sur le mur, qui le regardait avec ses beaux yeux noirs.
Avoir le portrait de son ami dans sa chambre _ quand le chat aux beaux jours chassait dans la nuit devenue chaude, quand les chants des oiseaux résonnaient de toutes parts et l'attiraient, quand ils excitaient en lui le désir erratique et véloce de la chasse plus encore que la jouissance de dévorer, quand il quittait ses bras, sautait sur le carrelage, bondissait sur le bord de la fenêtre, s'envolait dans la pénombre _ apaisait non pas son amour mais son attente.
Le jour où le père abbé avait coutume de visiter les cellules des frères, il le fit effacer.
Frater Lucius atterré alla trouver le père abbé qui était aussi Duc de la Francie maritime. Il fit valoir qu'il avait mis tout son soin dans ce portrait d'un petit chat. Il l'avait fait si ressemblant. Il se plaignit qu'il l'eût fait disparaître.
Saint Angilbert lui répondit :
_ Pourquoi, toi, te plains-tu et pourquoi, moi, te plaindrais-je ?
_Parce que j'aimais ce dessin et, dans ce dessin, j'aime ce chat.
_Aimer les chats noirs, dans le monde chrétien qui est le nôtre désormais, est mal venu. Je pense que c'est m.ême, peut-être, le mal tout court qui s'offre un visage, un pelage.
_Ce n'est pas vrai. Dieu a tout fait bon dans la Création. Rien n'y porte malheur.
_Qui te parle de porter malheur ?
_Alors pourquoi, mon père, l'avez-vous fait effacer ,
_Mon frère, témoigner de l'affection à des chats sauvages%u2026
_Ce n'est pas un chat sauvage.
Tu l'as trouvé où ?
_ Dans la forêt où s'écoule le bras de la rivière de Saint Marcoul vers la mer.
Donner son affection à des chats sauvages qui vivent dans la forêt, ou à des lynx qui vivent dans la montagne, ou à des ourses qui vivent dans les cavernes, c'est donner son attention aux anciens démons et aux anciennes fées. C'est préférer les hérétiques et les paiens à tous les frères devenus chrétiens. Pourquoi ne pas abriter un serpent à la langue fourchue et venimeuse sous ta robe, ou encore cacher dans ta cellule la bête aux longues pinces qu'on appelle en latin cancer ?
Frater Lucius, désemparé, alla trouver Nithard qui écouta la plainte et les réponses que son père avait faites à son ancien maître d'études.
Il prit entre ses doigts les grosses bésicles-loupes cerclées de bois blond ; il les posa sur son pupitre où il était à lire ; il se pencha et il essuya les larmes de son vieux maître.
Frater Lucius était le meilleur copiste du monastère. Il connaissait le latin et lisait mieux le grec que tous les moines de l'écritoire (du scriptorium de l'abbatiale). Il avait tout appris à Hartnid et à Nithard jusqu'à ce que leur corps fût changé par la jeunesse et que d'autres désirs occupassent leur âme.
Nithard décida de se faire son avocat auprès de son père.
Mais Angilbert répondit sèchement à son fils préféré, le premier-né, celui à qui il avait donné le nom de Nithard :
_Préviens-le, s'il insiste, qu'il redoute plutôt le bûcher des dunes, sur le bord de la Somme. J'allumerai le feu moi-même avec des jonchées et des restes de rames s'il le faut ! Je n'entends pas compter un chat sauvage et noir parmi les trois cents moines de mon abbaye.
Frère Lucius ressentit de la colère contre la menace qu'avait prononcée le duc de la Francie maritime. Il se mit à le détester. Il fuyait Angilbert dès qu'il apparaissait au bout d'un des neufs couloirs de l'abbaye. Il suppliait son chat, le soir, de ne pas chanter ses fredons, d'amoindrir le plus possible ses miaulis et ses ronronnements de
Satisfaction ou ses chantonnements de plaisir quand il se frottait contre lui.

III %u2013 16 La douleur Lucius.
Un jour Frater Lucius se rendit en courant à la bibliothèque du monastère. Il n'était pas beau à voir. Il était tout débraillé. Il était à demi nu. Il n'avait pas enfilé sa robe monastique. Ses chevaux étaient défaits. Il avait l'air d'un fou. Il courait pieds nus sur les carreaux. Il n'avait pas non plus sur l'os de sonnez ses grosses lunettes loupes rondes. Il pleurait toutes les larmes de son corps. Il pleurait en tremblant de tous ses membres. Il alla à la loge de bois où Nithard travaillait à son Histoire. Il se mit à genoux devant lui. Il saisit le bas de la robe du prince.
_Venez ! Venez ! dit-il à son ancien élève.
Il sanglotait Nithard se leva et
+le suivit. Ils empruntèrent le déambulatoire qui les protégeait de la pluie. Frater Lucius poussa la porte de sa cellule qui était restée à demi entrouverte. Tous deux pénétrèrent dans la cellule.

Frater Lucius referma la porte et se mit à crier en montrant la porte.
Le petit chat noir avait été dépecé.
Sa tête penchait sur la gauche. Les quatre pattes étaient clouées sur le bois comme une espèce de christ %u2013 ou du moins de petit corbeau aux ailes éployées noir et rouge.
Les entrailles pendaient au-dessous de son ventre.
Frater Lucius criait, s'égosillait, hurlait comme un loup en regardant son ami qui était mort. Ses cheveux devinrent blancs d'un coup."

Réponse de Terra Incognita

On me dit que cette histoire de chat est trop cruelle, à ne pas mettre entre les mains d'un enfant !! Quel enfant, de nos jours aurait l'idée de lire une telle histoire.
Il y est question d'amour, de superstition et d'obscurantiqme. Celui du moyen age mais celui de toutes les époques

Elle est un des multiples récits narrés dans le livre de Pascal Quignard," Larmes" , 2016. Prix de l'académie française. Ce livre est un ouvrage érudit, ardu mais qui à chaque lecture livre son lot de révélations.

Il suffisait de questionner Google avec les mots suivants, Saint-Riquier+roman+lucius et vous trouviez la solution

Ce roman convient me semble-til aux passionnés de langue et d'histoire.

Réponse de NEUTRON

Bjr
La violence de son épilogue est de mauvais gout en cette période d'approche des fêtes de fin d'année, de joie et de fraternité, même en période tout court d'ailleurs.
je n'ai qu'une envie : tourner au plus vite cette page.
J'aurais souhaité une autre fin que cette fin damnée.
Bon WK avec plus de douceur.

Réponse de Terra Incognita

Que dire ?
Vous êtes libre de ne pas apprécier ce texte qui n'est que le récit de choses qui furent et sont encore sûrement.

Chantons "Petit Papa Noèl " et "Mon beau sapin roi des forêts" du soir au matin. ce qui est de bon goût. j'imagine et le summum devant des toasts au foie gras et une 'dinde bien farcie". Seule la bonne intention compte en ce cas.

Aller! au bûcher Pascal Quignard !


Le bon et le mauvais goût ? Encore faudrait-il savoir ce qu'est le goût

la dolce, 05/12/2020 17:48 :
Bonsoir Terra,
Non pas de bûcher pour quiconque :)
Une bûche au Grand Marnier à la limite, je ne dis pas non !
Effectivement la fin de l'histoire est cruelle, (pas plus me direz vous que ce qui se passe dans des alcôves de laboratoire).
Cette fin contraste avec la douceur du début... sans doute un exercice de style pour nous plonger dans un état d'esprit cotonneux, et finalement nous laisser surprendre par un épilogue cruel.
Terra, tu nous as habitué à d'autres publications, et la surprise n'en est que plus réelle. Bon, souhaitons que la prochaine soit à la guimauve, tu sais cette guimauve que tu pioche dans un paquet, puis repioche en disant "c'est la dernière", en pensant que ce ne sera que l'avant dernière... celle que l'on achetait avec un peu de menue monnaie chez la marchande de journaux, elle était belle ma "Mamie journal", et vous ? vous en aviez une aussi ?
Bee.., 06/12/2020 15:09 :
Que le politiquement correct prenne le pouvoir et nous mourrons d'ennui. Bises Terra

Réponse de Lulu 22.

Pas possible que le chat aux yeux bleus se soit senti agressé par la cruelle fin de l'histoire...à moins qu'il n'y aie vu une agression personnelle en tant que chat ??
J'ai surtout aimé l'amour décrit entre Lucius et son ami animal, la fin de l'histoire n'est que la conclusion montrant à quel point la bêtise et l'obscurantisme sont révoltants.
Et donc, on ne pourrait en parler que pendant 11 mois, le 12ème étant le mois des bisounours ??
Un peu hypocrite, non ??

Réponse de Mémoire 88

J'ai mis du temps à lire cette histoire, elle est belle mais triste parce que l'humanité est cruelle, un écrivain ne peut pas écrire que de belles histoires qui se terminent bien.
L'homme a toujours cherché des raisons pour justifier sa cruauté : autrefois on a bien jugé et condamné des animaux, dans les guerres passées on n'a jamais comptabilisé les chevaux morts ou blessés lors des batailles et notre époque est la pire de toutes pour les animaux. A trop vouloir détruire tous ce qui nous entoure et ne nous sert pas, c'est notre espèce qui va s'autodétruire.

Réponse de Terra Incognita

Mémoire,

Au travers de cette histoire, à la manière d'un conte de fée (qui se termine mal) et nourrie d'érudition, nous pouvons lire que la Renaissance Carolingienne fut le moment où l'empereur encouragea le savoir réfugié dans les abbayes dans le monde médiéval.
Là se perpétuait la connaissance des textes antiques. Avec les cathédrales les abbayes étaient des lieux de culture et de diffusion du christianisme et c'est là qu'émergea , à l'écrit notre langue Française.
Nithard, élève de Lucius fut à l'origine du premier texte bilingue Français/Tudesque : Le Serment de Strasbourg qui acta la division de l'empire de Charlemagne et Louis le pieux, son fils, en trois royaumes.
Il m'apparaît que l'auteur a voulu narrer ici, qu'à St-Riquier particulièrement et dans tout le courant de pensée à cette époque, confluèrent les grandes influences qui se côtoyèrent, se chevauchèrent, s'interpénétrèrent, et se combattirent pour créer notre occident, notre Europe, notre France. C'était le paganisme, le druidisme celte, l'influence gréco latine et le christianisme - Toutes tentatives de compréhension du monde -

Dans cette histoire, Lucius porteur des savoirs gréco-latins qui sont aux fondements de notre civilisation, est confronté au pouvoir chrétien porté par Angilbert . Dans ce conte, le chat et sa figure, animal maléfique issu de traditions chamaniques et paiennes, et de sorcellerie est une créature du diable. Cela lui vaut sa triste fin.

P Quignard montre ici la complexité de nos héritages et la nécessité de la lutte incessante de l'humanité pour la connaissance contre l'obscurantisme. Acte-t-il la défaite de l'amour ?
Cette histoire a aussi des correspondances avec le monde que nous vivons ; la condition animale, le problème de l'image, la représentation et de la virtualité donc.

L'Abbaye de Saint-Riquier, près d'Abbeville et de la Baie de Somme fut une puissante abbaye carolingienne édifiée sur une ancienne Source, lieu sacré des gaulois. Elle est devenue centre culturel et se visite.
Nombreux sont les points d'eau, sacrées occupés par les premières populations et qui furent investis par les romains, puis leurs successeurs comme lieux du pouvoir.

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